Cantique sur le Père Gaschon

Cantique sur le Père Gaschon

 

Cantique spirituel
en l’honneur du père Gaschon,
très digne Missionnaire,
Mort en odeur de sainteté. [1]

Air de Léandre.

 

 

Approchez-vous, chrétiens pieux,

Venez entendre la complainte,
Du Père Gaschon bienheureux,
Qui maintenant est dans l’enceinte
Du brillant séjour des Elus
Et de ceux qui ont bien vécu.

 

Jamais il ne conservait rien,

Méprisant toutes les richesses,

Ne voulait avoir pour tout bien,

Que la pauvreté, la sagesse,

Donnant aux pauvres nécessiteux

Le fruit de ses travaux nombreux.

 

 

Dès son bas âge il commença

D’élever son cœur et son ame,
A Dieu vers qui il s’adressa,
Qui de son souffle tout enflamme,
Lui sacrifiant tous ses jours,
Toutes ses peines et son amour.

 

Se reléguant à l’hôpital,

Il y exerçait son ministère ;

Ne voulait pour séjour final,

Que cet endroit de la misère.

Il ne cessait d’être au secours

Des pauvres qu’il aima toujours.

 

 

Arrivé à cet âge heureux,

Où tout respire l’innocence,

Tous ses travaux et tous ses jeux

Se tournaient vers la Providence ;

Ne cherchant d’autre occupation

que la prière et l’oraison.

 

Quatre-vingts ans s’étant passés

Dans une charité parfaite,

Cet homme heureux est expiré,

Ayant fait diverses conquêtes

D’âmes endurcies pour le Seigneur,

En se montrant leur défenseur.

 

 

L’adolescence ayant fini

Chez cet homme incomparable,

Le Sacerdoce lui fournit

Un des moyens les plus louables,

De pouvoir s’unir à jamais

Au seul objet de ses attraits.

 

Il a vécu très-saintement,

Toujours en jeûnes, en prières ;

Il se croyait réellement

Le plus grand pécheur de la terre ;

Mais Dieu qui connaissait son cœur,

A appelé son serviteur.

 

 

Par ses études et son savoir,

Il parvint sans beaucoup de peines,

A tout ce qu’il voulait avoir,

Au plus beau de tous les domaines ;

Il s’unit [2] à son Créateur,

Au doux Jésus, son Rédempteur.

 

Sa vertu et sa piété,

Ainsi que toute sa vie sainte,

Modèle de fidélité,

Laquelle il n’a jamais enfreinte,

Le fait regarder à présent

Un protégé du tout-Puissant.

 

 

Pour attirer à Jésus-Christ

Un grand nombre de créatures,

Que les malheurs avaient séduits

Dans le [3] temps de la dictature,

Il s’adonna à la Mission,

Et obtînt leur conversion.

 

Plusieurs miracles l’ont prouvé

Aux yeux même des incrédules,

Et lesquels se sont opérés,

En évoquant le saint émule

Des François-Xavier et Régis,

Adorateurs du Crucifix.

 

 

Prêchant, toute son ambition

Etait d’inculquer chez les autres,

Ce dont il faisait profession,

Comme anciennement les apôtres :

La foi était vive chez lui,

Fondait sur elle tout son appui.

 

Par sa puissante protection,

L’aveugle a recouvert la vue,

L’insensé trouvé la raison,

De grandes passions vaincues,

Les morts-nés sont ressuscités,

Les malades ont repris santé.

 

 

L’extase était peinte sur son front,

En célébrant les saints mystères,

Etant comme les Anges sont

Rempli d’une vertu austère,

En présence de son Sauveur,

Tous son espoir, tout son bonheur.

 

Sur sa tombe se trouve encore

La trace de tant de merveilles [4],

Et ce qui est encore très-fort,

Du boiteux l’on voit les béquilles

Par lui laissées près de l’Autel,

Où repose ce grand mortel.

 

 

Il n’aspirait point aux honneurs,

L’humilité fut son partage,

Il aimait beaucoup les pécheurs,

Et il montrait un grand courage,

A les rendre heureux et bons,

Demandant à Dieu leur pardon.

 

L’effet de son instruction [5]

S’est ressenti dans plusieurs villes

Sur des personnes de dévotion,

Hommes, enfans, femmes et filles,

Qui ont fait vœu [6] de visiter

Celui que l’on doit imiter.

 

 

Dévotieux envers Jésus,

Il s’étudiait à le bien suivre :

Il paraissait toujours ému

Quand à sa main était le livre

Où l’Évangile se trouve écrit,

La sage doctrine du Christ.

 

Accourez tous, peuples divers,

Vous qui êtes dans la souffrance,

Du corps, de l’esprit et du cœur,

Venez jouir de sa présence :

Offrez-lui de sincères vœux

Et vos repentirs douloureux.

 

 

Il honorait avec ferveur,

La très-sainte Vierge Marie,

Tout son esprit et tout son cœur

Ainsi que toutes ses rêveries,

Pour elle n’avaient pas de frein ;

Il la prenait pour son soutien.

 

A son exemple, ayons la Foi

Que nous ont transmis nos Pères.

Adorons à jamais la croix

Qui fait supporter nos misères ;

De Gaschon suivons les avis,

Nous obtiendrons le Paradis.

 

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[1] Ce cantique figure pour le première fois en 1817 sur l’image imprimée par Seguin à Ambert. Il est recopié vers 1820 par Pèlerin à Épinal, ainsi que par Deckherr à Montbéliard. Le texte ici reproduit est celui de l’image d’Épi­nal ; nous donnons en note les principales variantes par rapport à l’image de Seguin (en omettant les nombreuses var. de ponctuation et de majuscules).

[2] Seg. : « A s’unir ».

[3] Seg. : « les ».

[4] Seg. : « merveille ».

[5] Seg. : « intercession ».

[6] Seg. : « vœux ».

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