L’enfance

L’enfance

 

Les années de jeunesse (1732-1756).

Au cœur de la France méridionale, l’Auvergne fait alterner plaines fertiles, collines de pacages et de bois, et sommets aux sombres forêts de résineux. C’est là, au bord de la vallée du Miodet, que le bourg d’Auzelles se dresse fièrement, serré autour de sa belle église gothique fortifiée au cours des Guerres de religion. C’est au village de La Molette, quelques maisons serrées au flanc de la colline à quelques centaines de mètres plus à l’ouest, qu’est né François Gaschon. Ses ancêtres y étaient établis depuis au moins trois générations. Benoît, son père, avait épousé Anne Palasse le 2 novembre 1726. Une famille de paysans et artisans tisserands – le tissage a été durant le XVIIIe siècle une grande activité dans toute la campagne ambertoise – quelque peu aisés, dans laquelle naîtront sept enfants, dont trois ne vivront guère. François est le second ; il naît le 30 août 1732, et, selon l’usage d’alors – la mortalité infantile était importante, et l’on voulait absolument assurer le salut éternel des petits –, il est baptisé dès le lendemain en l’église d’Au­zelles, par le vicaire M. Vacheron.

L'église d'Auzelles.

L’église d’Auzelles.

À La Molette, François est entouré d’un vaste cercle familial réparti en deux foyers : y vivent en effet les Gaschon, mais aussi les Palasse – dans les deux cas, trois générations sous le même toit –. C’est une famille dans laquelle on reçoit de l’instruction : en effet, Louis-Marie Palasse, son oncle né en 1722, est chez les Jésuites de Billom, destiné à la prêtrise ; il sera ordonné en 1746, et nommé en 1748 curé à Égliseneuve-des-Liards. C’est lui qui se chargera des premières années de l’instruc­tion de ses neveux, Annet-Marie, né en 1730, puis François, ainsi que d’un cousin Palasse, un autre François, né en 1738, et qui lui aussi deviendra prêtre. Cependant, la vie quotidienne à La Molette est celle des paysans d’alors, simple et rude, au rythme des saisons et des travaux des champs, de la Messe dominicale et des fêtes en la vieille église d’Auzelles.

En 1741, Annet partira pour le collège de Billom – le premier collège fondé en France par les Jésuites, en 1556 –. François le suivra, sans doute en 1745 ; il y passera quatre ans, y trouvant mieux encore que les connaissances scolaires : l’exemple de saint Jean-François Régis, qui a enseigné à Billom de 1619 à 1622 avant d’évangéliser le Vivarais et le Velay, et qui a été canonisé en 1737. Après quoi, en 1749, François suivra son frère à Clermont, afin d’y achever ses études scolaires, et d’y commencer sa formation théologique. C’est alors, le 7 février 1750, qu’il a la douleur de perdre sa mère, âgée de seulement trente-huit ans ; elle laissait à La Molette ses deux derniers enfants : Anne, une fillette de sept ans, et Louis, un bambin de deux ans et demi. C’est la grand-mère qui tint le foyer jusqu’à sa propre mort, survenue trois ans plus tard.

Annet-Marie sera ordonné prêtre le 8 juin 1754 ; période faste, où le diocèse de Clermont voyait chaque année une cinquantaine d’ordinations sacerdotales ! À l’Assomption de la même année, François reçoit les Ordres mineurs et entre au grand séminaire, tenu par les Sulpiciens. C’est l’époque où le séminaire est le centre de la résistance auvergnate au jansénisme et au gallicanisme[1] ; résistance à laquelle François a été de longue date habitué à l’école des Jésuites, et qu’il fait sienne avec une profonde conviction. Ordonné sous-diacre le 15 mars 1755, diacre le 20 décembre de la même année, il reçoit la prêtrise le 18 décembre 1756, par le ministère de François-Marie Le Maistre de La Garlaye, évêque de Clermont (1743-1775), renommé pour sa simplicité et son immense générosité envers les pauvres.

 

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[1] Cf. Michel Boy, François Gaschon, p. 24-25 : « L’Auvergne est alors secouée par la fermentation janséniste, entretenue notamment par l’Oratoire de Riom. Encore faut-il noter que ce “jansénisme” […] est plus politique que théologique. Les thèses gallicanes y remplacent, semble-t-il, assez largement les débats sur la grâce. Contre l’Ora­toire, le Séminaire fut le véritable centre de la résistance auvergnate au mouvement janséniste, et comme la citadelle de l’orthodoxie. »


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